Aller au contenu
Le magazine

Qui a joué James Bond : les six acteurs officiels, film par film

7 min de lecture

Daniel Craig reste le meilleur des six, et pas pour son physique ou son élégance : il est le seul à avoir accepté de jouer un Bond qui perd, qui vieillit et qui meurt. Les cinq autres ont incarné un fantasme increvable ; lui a joué un homme.

Depuis 1962, le rôle a changé de visage six fois côté officiel. Une septième reprise se joue en ce moment même, avec un nom attendu avant la fin de l’année.

Sean Connery, celui qui invente tout (1962-1971)

Sean Connery ouvre la série avec James Bond 007 contre Dr No en 1962, puis enchaîne Bons baisers de Russie, Goldfinger, Opération Tonnerre et On ne vit que deux fois, avant de revenir une dernière fois pour la production officielle dans Les diamants sont éternels en 1971. Six films EON en tout, plus un septième hors circuit officiel, Jamais plus jamais, sorti en 1983 dans une production concurrente qui exploitait une faille juridique sur les droits du roman Thunderball.

C’est lui qui fixe le ton : l’ironie sous la menace, l’élégance qui ne transpire jamais, un humour qui frôle sans cesse la muflerie. Regarder du Connery, c’est regarder l’archétype à l’état brut, avant que quiconque n’ait eu l’idée de le corriger. Rien n’est encore une formule. Le revers, sensible aujourd’hui : le traitement des personnages féminins n’a pas vieilli, et certaines scènes passent mal sans le recul de l’époque.

George Lazenby, l’unique tentative (1969)

Un seul film, Au service secret de sa majesté, tourné en 1969. Mannequin sans formation d’acteur, Lazenby décroche le rôle contre l’avis de la production, puis part après ce seul tournage, mal conseillé sur la suite de sa carrière. Le film qu’il laisse est pourtant l’un des plus estimés de la saga par la critique a posteriori : Bond s’y marie, et sa femme meurt à la dernière scène, un registre dramatique que la série ne retrouvera pas avant Craig. Un pari juste, payé trop tard.

Ce Bond convient à qui cherche l’entrée la plus fidèle aux romans de Fleming avant l’ère Craig. La limite tient à l’interprète lui-même : la mise en scène compense une gestuelle parfois raide et des dialogues qui manquent d’assise.

Roger Moore, le plus long règne (1973-1985)

Sept films entre 1973 et 1985 : Vivre et laisser mourir, L’homme au pistolet d’or, L’espion qui m’aimait, Moonraker, Rien que pour vos yeux, Octopussy et Dangereusement vôtre. Douze ans à l’écran, un record de longévité dans le rôle, et un virage assumé vers l’humour et le gadget plutôt que vers la menace.

Ce Bond-là convient à qui veut du spectacle léger, presque une comédie d’aventures avec fusillades. Il fait moins bien sur la durée : à 58 ans dans Dangereusement vôtre, Moore est visiblement trop âgé pour les scènes d’action qu’on lui fait jouer, et certains gags, comme la course-poursuite dans l’espace de Moonraker, versent dans l’auto-parodie.

Timothy Dalton, le retour au roman (1987-1989)

Deux films seulement, Tuer n’est pas jouer en 1987 et Permis de tuer en 1989. Dalton referme les gadgets et rouvre le roman : un Bond plus dur, plus vengeur, moins ironique, dans une intrigue de représailles personnelles qui annonce directement le ton de Craig vingt ans plus tard. La série s’arrête ensuite pendant six ans. Faute d’accord entre MGM et United Artists sur les droits de distribution, Dalton quitte le rôle avant que le litige ne se règle.

Cette ère convient à qui trouve Moore trop léger et veut la noirceur sans attendre 2006. Elle souffre en revanche d’un accueil commercial en demi-teinte : Permis de tuer sort la même saison que Batman et Indiana Jones et la dernière croisade, et s’efface au box-office.

Pierce Brosnan, la relance des années 90 (1995-2002)

GoldenEye sort en 1995, six ans après Permis de tuer, et relance la franchise pour une génération qui n’a jamais vu Bond au cinéma. Suivent Demain ne meurt jamais, Le monde ne suffit pas et Meurs un autre jour, quatre films jusqu’en 2002. C’est la première fois que M devient une femme à l’écran, jouée par Judi Dench, qui traite ouvertement Bond de « dinosaure sexiste d’un autre temps » dès sa première scène. La série commence, à partir de là, à se regarder elle-même.

Brosnan convient à qui veut le grand spectacle version 90, entre gadgets et effets numériques naissants. La fin de son mandat en fait aussi la limite : Meurs un autre jour pousse les effets jusqu’à la voiture invisible, un choix qui a mal vieilli et qui a pesé dans la décision de tout recommencer à zéro.

Daniel Craig, l’arc complet (2006-2021)

Casino Royale en 2006 repart de zéro : les premières missions de Bond, avant le personnage lisse des décennies précédentes. Suivent Quantum of Solace, Skyfall, Spectre et Mourir peut attendre en 2021. Cinq films conçus, pour la première fois de la saga, comme une seule histoire continue plutôt que comme des épisodes indépendants.

C’est ce choix qui distingue Craig des cinq autres, et c’est pour ça qu’il reste le premier choix de cette page : il faut le regarder dans l’ordre pour comprendre ce qui se joue, la douleur s’accumule d’un film à l’autre, et la série finit par tuer son personnage. Aucun Bond avant lui n’avait pris ce risque. Aucun n’avait accepté de perdre. Le revers tient à cette même continuité : impossible d’entrer dans la saga par Spectre sans avoir vu les trois précédents, et Quantum of Solace, écrit en pleine grève des scénaristes de 2008, reste le maillon faible de l’arc.

ActeurAnnéesFilms EONCe qui le distingue
Sean Connery1962-19716fixe le ton d’origine
George Lazenby19691le seul Bond marié
Roger Moore1973-19857le plus long mandat
Timothy Dalton1987-19892le retour au roman
Pierce Brosnan1995-20024la relance post-Guerre froide
Daniel Craig2006-20215le seul arc continu

Les deux Bond qui ne comptent pas dans le total

Deux interprétations existent en dehors de la lignée EON, et les listes qui annoncent « huit acteurs » les mélangent souvent aux six officiels sans le dire. En 1954, l’Américain Barry Nelson joue un agent rebaptisé « Jimmy Bond » dans une adaptation télévisée en direct de Casino Royale, diffusée sur CBS. En 1967, David Niven incarne un Bond retraité dans une parodie du même roman, produite en dehors d’EON après un désaccord sur les droits. Par jeu, plusieurs autres personnages du film prennent eux aussi le nom de code « James Bond », histoire de brouiller l’ennemi. Aucun des deux ne s’inscrit dans la continuité que suivent les studios aujourd’hui.

Le septième nom, attendu avant la fin de l’année

Depuis mars 2025, Amazon MGM détient le contrôle créatif de la franchise, dans un accord qui laisse Barbara Broccoli et Michael G. Wilson coproducteurs sans droit de veto sur les choix artistiques. Denis Villeneuve réalisera le prochain film, écrit par Steven Knight, avec une sortie visée pour 2028.

La recherche d’un successeur à Craig est entrée dans sa phase la plus concrète fin août 2026 : six acteurs doivent passer des essais filmés en septembre : Jack Barton, Jack Lowden, Callum Turner, Jacob Elordi, Paul Mescal et Harris Dickinson. Le nom qui revient le plus dans les articles anglo-saxons n’est pourtant pas le plus connu du lot : Jack Barton, comédien nettement moins établi que les cinq autres, est cité par plusieurs sources comme le favori inattendu de la production. La productrice Amy Pascal a indiqué qu’une annonce officielle avant la fin de l’année 2026 restait « un bon pari ».

Derrière ce genre de tournage, la production mobilise, au pic, plusieurs centaines de techniciens, cascadeurs et machinistes qui enchaînent les contrats plutôt qu’un emploi fixe : côté français, ce sont les mêmes règles que celles de l’intermittence du spectacle qui organisent leur activité entre deux productions.

Revoir les six à l’écran, avant le septième

Certains réseaux de salles entretiennent la mémoire de la saga plutôt que de la laisser au seul streaming. Kinepolis fait ainsi tourner une rétrospective consacrée à l’ère Craig dans plusieurs de ses complexes, dont celui de Lomme, près de Lille. D’autres multiplexes, comme l’UGC de la Part-Dieu à Lyon, remettent ponctuellement un ancien épisode à l’affiche, à l’occasion d’une sortie ou d’un anniversaire de la saga.

Voir les vingt-cinq films sur grand écran plutôt qu’en streaming a un coût, vite absorbé par un abonnement plutôt que par des places à l’unité : une carte illimitée type UGC ou Pathé CinePass rentabilise une rétrospective bien avant la fin de la série.